Situation économique de la Roumanie
Après avoir connu trois années de récession
en 1997-1999, la Roumanie renoue depuis 2000, avec la croissance
économique, (+5,7% en 2001, + 4,9% en 2002 et + 4,5
% attendus en 2003), tirée par les exportations et
l'investissement et accompagnée d'un ralentissement
de l'inflation. Dans un contexte de plus grande stabilité
politique, le pays a été jusqu'ici en mesure
d'appliquer un dosage modérément restrictif
des politiques budgétaire et monétaire. En
même temps, les réformes structurelles ne progressent
que lentement ce qui fragilise les progrès accomplis
en terme de stabilisation macro-économique et financière
tout particulièrement dans un contexte électoral
en 2004/2005.
Perspective historique :
La Roumanie sort à peine d'un "second choc de
transition": entre 1997 et 1999, le pays a enregistré
trois années de récession (-14% cumulés),
a évité de peu une cessation de paiements
en 1997-1998 et a vu le budget de l'Etat devoir prendre
en charge, en 1999-2000, des faillites bancaires dont le
coût est estimé à hauteur de 10% du
PIB. Le gouvernement intérimaire dirigé en
2000 par le Gouverneur de la Banque Centrale, Mugur ISARESCU,
peut être crédité d'avoir mis en place
des conditions nécessaires à la stabilisation
macrofinancière avec notamment la dernière
recapitalisation du système bancaire public. La Banque
Centrale adoptait parallèlement une politique monétaire
ayant comme objectif une appréciation modérée
du taux de change effectif réel, légèrement
inférieure à la progression de la productivité
du travail. Cette politique d'ancrage du change réel
conjuguée à une politique budgétaire
modérément restrictive, a ainsi jusqu'en 2002,
favorisé la réduction de l'inflation, la réduction
du déficit courant, la croissance des réserves
de change et le démarrage des IDE, sans pour autant
affaiblir la compétitivité-prix des exportations
de la Roumanie.
Depuis 2000, la Roumanie a donc renoué avec une
croissance soutenue dans un contexte de recul rapide de
l'inflation, évolutions favorisées par la
plus grande stabilité politique et surtout par l'affichage
d'une volonté crédible d'adhésion à
l'UE en 2007. Le relèvement de la notation de sa
dette souveraine par les agences de rating a également
contribué à l'amélioration de l'image
internationale du pays. La Roumanie reste cependant le pays
le plus pauvre parmi les accédants (2.000 USD/hab,
5.000 USD en PPA) et surtout celui où les réformes
structurelles (réforme de l'Etat et de l'environnement
des affaires, privatisations - le secteur public représente
encore plus de 30% du PIB - ) avancent le plus lentement.
L'économie roumaine, marquée par une agriculture
archaïque (40 % de la PA pour 12 % du PIB), un secteur
public inefficace et, enfin une corruption généralisée
dont souffrent particulièrement les investisseurs
étrangers, n'est toujours pas considérée
par la Commission comme une " économie fonctionnelle
de marché ". La Roumanie est en retard en matière
de transposition de l'acquis, formelle (seulement 19 chapitres
clos en août 2003) et plus encore réelle. Le
gouvernement dirigé par le PSD, principal héritier
de la Nomenklatura de l'ancien régime, a continué
de privilégier une approche graduelle en matière
de réformes, caractérisée trop souvent
par des annonces peu suivies d'effet et par d'importants
retards, notamment s'agissant de l'assainissement du secteur
public. Il se trouve aujourd'hui plus que jamais sous la
pression du FMI et de la Commission pour prendre des mesures
concrètes mais l'approche des élections (printemps
2004, élections locales, automne 2004 et printemps
2005, élections parlementaires et présidentielles)
) l'incite à temporiser.
2002 a enregistré une croissance saine, tirée
par les exportations et les investissements dans un contexte
de ralentissement de l'inflation.
Malgré le ralentissement économique dans
l'Union Européenne, qui représente plus de
68% des échanges extérieurs, la croissance
s'est établie en 2002 à + 4,9% en phase avec
les bons résultats enregistrés en 2001 (+
5,7 %). L'activité a été soutenue par
les exportations de biens (cf infra) et l'investissement
(+ 7,6 %). La consommation finale n'a quant à elle
progressé que de 3,3 % dans un contexte de limitation
de la dépense publique (+ 1%) et d'une consommation
privée (3,5 %), freinée par les importantes
hausses de tarifs énergétiques.
Le déficit commercial qui s'était fortement
creusé en 2001 (4160 M$), se contracte légèrement
de 9 % en 2002 pour atteindre 3980 M$ (8,7 % du PIB). Les
exportations (13,8 Mds $) ont en effet, progressé
plus vite (+ 21,8 %) que les importations (17,8 Mds$ en
hausse de 14,8 %). Deux facteurs principaux expliquent cette
situation : l'un structurel, reflète le mouvement
de délocalisation d'activités industrielles
dont bénéficie la Roumanie, particulièrement
s'agissant d'activités traditionnelles (textiles,
habillement, ameublement) moins touchées par le ralentissement
en UE que ne le sont les NTIC, l'autre plus conjoncturel
traduit les conséquences de l'appréciation
réelle de l'Euro vis à vis du "leu".
La bonne tenue de l'activité s'est accompagnée
d'un fort ralentissement de l'inflation. La hausse des prix,
encore supérieure à 40 % fin 2000, est passée
en dessous de 30 % fin 2001 et a terminé l'année
2002 à 17,8 %. Cette performance résulte de
politiques monétaire et budgétaire modéremment
restrictives, ainsi que d'une politique de change autorisant
à travers un ancrage du leu sur un panier de devises
(60/40 €/$), une légère appréciation
(de l'ordre de 3 % par an), de la monnaie roumaine.
La position extérieure du pays s'est améliorée
en 2002. Sous l'effet de l'amélioration de la balance
commerciale mais surtout grâce à une très
forte augmentation des transferts de fonds par les expatriés
roumains et des flux de financements post-privatisations
(flux non-comptabilisés dans les IDE et estimés
à plus de 1,45 Mds $ en 2002 contre 1,17 Mds $ en
2001), le déficit des paiements courant a été
ramené à 3,4 % du PIB contre 5,5% en 2001.
Le financement de ce déficit a été
assuré principalement par des emprunts publics et
privés (1,1 Mds$) et par des investissements directs
(même-si ceux-ci restent faibles, 1178 M$).
En 2003, la croissance économique devrait rester
soutenue mais le dynamisme de la demande intérieure
pèse sur les comptes extérieurs.
Si les aléas climatiques (longueur de l'hiver et
sécheresse), devraient rendre difficile la réalisation
de l'objectif officiel de 5 % de croissance en 2003, celle-ci
devrait rester néanmoins soutenue (4,5 %), tirée
au vu des résultats du 1er semestre, de plus en plus
par la demande intérieure. L'investissement pourrait
croître de 10,5 %, la consommation privée de
4,6 % et la consommation publique de 3 %. En effet, on constate
à la suite de l'augmentation de 42 % du salaire minimum
en janvier, une forte progression (9 % réels) des
salaires au 1er semestre par rapport au 1er semestre 2002,
une envolée des crédits au secteur non-gouvernemental
(35 % réels), et une diminution de l'épargne
privée pénalisée par une forte baisse
des taux d'intérêt créditeurs.
Cette situation inquiétante dans une économie
encore en transition oû les arriérés
de paiement (publics mais aussi privés) de charges
fiscales, sociales et de factures énergétiques
ont continué d'augmenter depuis le début de
l'année, a conduit au second semestre à une
surchauffe inflationniste, le glissement annuel des prix
de détail ressortant à 15,9 % fin septembre
contre 14,1 % un mois auparavant compte tenu notamment d'importantes
hausses de tarifs énergétiques jusqu'ici différées.
Les objectifs gouvernementaux (13/14 % fin 2003 et inflation
à un chiffre en 2004) pourraient être compromis
en l'absence de progrès dans les réformes
structurelles (arriérés) et d'un durcissement
des politiques budgétaire et monétaire (la
BNR a relevé à deux reprises en août
et en septembre de 1 % chaque fois son taux d'intervention).
Cette situation pèse aussi sur la balance commerciale
dont le déficit FOB-CIF s'est élevé
au 1er semestre à 2568 M$ en hausse de 47 % sur le
1er semestre 2002, les importations progressant en dollar
de 35,9 % et les exportations de 32,9 %. Dans ce contexte,
le déficit courant devrait croître de nouveau
pour atteindre en 2003, selon le FMI 4,5 à 5 % du
PIB. Les réserves officielles de changes (or exclus)
ressortent fin juin à 6,4 Mds$ mais ne représentent
plus que 3,7 mois d'importations de biens. Le financement
de ce déficit extérieur continue d'être
assuré sans difficulté jusqu'à présent
notamment par emprunt (émission obligataire de 700
M € fin juin, noté BB- par les agences de notation
Fitch et Standard & Poors) mais un financement plus
sain à travers des IDE, suppose des progrès
tangibles en matière de réformes, notamment
de privatisations.
Le pays bénéficie d'un endettement extérieur
faible
A 14,7 Mds$ fin juin 2003 (données BNR y compris
émission récente), la dette extérieure
à moyen et long terme n'a que faiblement augmenté
par rapport à fin 2002 (14,5 Mds$) et fin 2001 (13,5
Mds$). En terme de PIB son poids ne représente fin
juin 2003 que 28,3 % contre 31,7 % fin 2002 et 34 % fin
2001, ce qui traduit à la fois la croissance du PIB
roumain et l'appréciation réelle du leu face
au dollar. Sur ce total, la dette publique et la dette garantie
par l'Etat représentent fin juin 2003, 9,5 Mds$ (9,2
Mds$ fin 2002). Le service de la dette totale représentait
en 2002, 18,3 % des recettes d'exportations de biens et
de services.
Les politiques monétaire et budgétaire, modérément
restrictives jusqu'à présent, devraient sauf
progrès tangibles en matière de réformes,
être resserrées davantage.
En matière budgétaire, le déficit
du Gouvernement Général Consolidé a
selon le FMI, été ramené à 3,3
% du PIB en 2001 puis 2,6 % en 2002 et devrait être
contenu aux alentours de 2,7 % en 2003. Pour autant, Il
subsiste des interrogations quant à la fiabilité
de ces chiffres en l'absence d'une comptabilité d'engagement.
En outre, les déficits quasi-fiscaux (pertes des
grandes entreprises publiques des secteurs énergétiques
et sidérurgiques principalement) n'ont toujours pas
disparu. Ils sont passés de 6% du PIB à la
fin des années 1990 à 2-3% actuellement. De
plus, l'opacité des comptes des entreprises publiques
ainsi que des opérations de compensation et de troc
toujours en vigueur, reste totale.
Depuis le début de l'année, les retards constatés
en matière d'assainissement du secteur public (dérapages
salariaux, persistance de mauvais recouvrement des factures
énergétiques, retards dans les hausses de
tarifs énergétiques), devraient conduire le
gouvernement à adopter des mesures impopulaires au-delà
de la conclusion de l'Accord de confirmation avec le FMI
le 15 octobre dernier. Sous la pression du FMI, les autorités
roumaines ont accepté de limiter à 3 % du
PIB le déficit public consolidé en 2004. Pour
financer les dépenses d'infrastructures routières
et les dépenses sociales dans le contexte des élections,
les autorités doivent s'efforcer d'améliorer
les taux de collecte fiscale et sociale (actuellement loin
derrière la moyenne des pays accédants) à
travers le renforcement de l'administration fiscale et la
lutte contre la corruption et les passe-droits. C'est à
cette seule condition que des marges de manuvre budgétaires
pourront être dégagées.
En matière de politique monétaire et de change,
la stratégie des autorités repose depuis 2000,
sur une appréciation modérée du taux
de change effectif réel du leu (inférieure
aux gains de productivité afin de ne pas compromettre
la compétitivité externe) par référence
à un panier de devises. Les dérapages observés
au 1er semestre (salaires, crédit) et la forte appréciation
de l'euro (le leu s'est déprécié de
7,9 % au 1er semestre face à l'euro et apprécié
de 1,6 % face au dollar), qui font peser des risques inflationnistes,
ainsi que la nécessité de freiner la détérioration
de la balance courante et d'accroître les réserves
de changes, ont conduit en août et septembre à
un resserrement de la politique monétaire.
Les réformes structurelles indispensables à
une stabilisation économique durable, ne progressent
que lentement
Compte tenu du retard pris en matière de réformes
structurelles au long des années 90, le processus
de rattrapage qui est amorcé est nécessairement
long et laborieux. Ces réformes concernent en premier
lieu la restructuration des entreprises publiques et leur
privatisation ou leur éventuelle liquidation. En
effet, leur situation très dégradée
est un frein au développement du pays : elle pèse
sur la balance courante et sur le budget (l'encours des
arriérés de paiement représente selon
les estimations 35 à 60% du PIB) ainsi que sur la
politique salariale (les salaires, en moyenne de 80 % supérieurs
aux salaires du secteur privé et sans rapport avec
la productivité de ces entreprises, y progressent
plus vite que dans le privé). Plusieurs privatisations
ont été menées à bien (DACIA,
ROMTELECOM, SIDEX), mais d'autres sont retardées
parfois pour des raisons externes au pays (Banque Commerciale
Roumaine), parfois sans raison convaincante (Petrom). Le
ministère de l'Economie et du Commerce, en charge
de l'essentiel du portefeuille d'entreprises restant à
privatiser (énergie, sidérurgie, métallurgie)
et celui des Transports sont en réalité peu
ouverts aux privatisations. Les calendriers de privatisation
subissent en 2003 de nouveaux retards tout particulièrement
dans le secteur énergétique (trois petites
entités du secteur du matériel agricole et
automobile, TRACTORUL, ROMAN et ARO ayant finalement été
privatisées début octobre). En dépit
de la conclusion le 15 octobre, de l'Accord de confirmation
avec le FMI, celui-ci a insisté sur la nécessité
d'accentuer la rigueur salariale notamment dans le secteur
des entreprises publiques, de maîtriser la croissance
des crédits à l'économie, de maintenir
une politique budgétaire restrictive, d'assainir
la situation financière du secteur énergétique
et d'accélérer les privatisations dans ce
secteur. Il en va de même pour ce qui est de la transposition
réelle de l'acquis communautaire compte tenu de la
faible capacité insitutionnelle de l'administration
roumaine largement inefficace, corrompue et incompétente.
Cels réformes sont au surplus indispensables pour
permettre une absorption des fonds pré-adhésion
et un contrôle efficace de ces derniers. En l'absence
de telles réformes, on voit difficilement comment
pourrait être amélioré l'environnement
des affaires, préalable indispensable à une
véritable confiance des investisseurs étrangers
dans ce pays.
DIRECTION DES RELATIONS ECONOMIQUES EXTERIEURES / DIRECTION
DU TRESOR
MISSION ECONOMIQUE
DE BUCAREST
Date :27/10/2003
Rédacteur : Philippe BOIN
Relu par Sébastien COCHARD (MEE)
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